Mon sang, mon silence, mes liens... Chère endométriose

Lien sur un court métrage qui vous donnera un apperçu de ce qu'est l'endométriose

J’ai été diagnostiquée en 2018 au cours d’une intervention sur mon ovaire gauche qui me provoquait de vives douleurs… enfin plus que d’habitude.

Durant toute ma vie de femme réglée, j’ai vécu mes menstruations dans la douleur. Comme c’était mon quotidien, je pensais, avec l’aval de mes gynécologues, que c’était normal. Puis ces douleurs, présentent lors de mes règles, sont apparues également lors des relations sexuelles. Je ressentais de vives douleurs, tels des coups de poignard. Je n’étais alors, pas à l’écoute de mon corps en souffrance. J’ai laissé ces douleurs m’emprisonner.

Mes barreaux protecteurs ont été dessinés par l’endométriose. Sournoisement, cette maladie s’est propagée à l’intérieur de moi. Elle était là pour me donner un signal que je méritais d’aimer mon corps, de l’estimer. Que je pouvais assumer ma féminité.

Jusqu’à la pose du diagnostic de l’endométriose et le tsunami émotionnel qu’il a engendré, je ne l’ai pas entendu. Petit retour dans le temps...

Par une magnifique journée ensoleillée et chaude du mois d’août 1984, à l’aube de mes 12 ans, me voici pliée en deux sur le canapé en cuir collant. Je n’ai jamais ressenti d’aussi vives douleurs. Tout mon ventre me fait mal. Je ne comprends pas. Tels des coups de poignard reçus en mon sein, je suis touchée au plus profond de moi. Recroquevillée sur moi-même, je ne me plains pas. J’attends que ça passe, surtout ne pas déranger. La nuit arrive et défile, toujours dans la même souffrance, à côté de ma cousine, je suis seule face à ma souffrance physique.

Ces premières règles sont finalement m’ont salut. Elles me sauvent des griffes du tigre. Saigner devient la symbolique de ma survie…

Cela fait plusieurs années qu’une dualité se fait sentir en moi. J’aime passer du temps avec mes cousines, moi qui viens d’une famille composée de mes deux frères et moi, ça me permet de jouer à des jeux différents et c’est un peu la fête d’être ailleurs qu'à la Tchô. Je sais ce qui m’attend, mais comment dire à mes parents que je ne veux plus y retourner alors que je sais que la vérité est ailleurs.

Mon oncle me fait subir des attouchements.

Là sous son toit en présence de ses enfants, de sa femme. Je n’aime pas ça. Il me fait mal. Je résiste de toutes mes forces, avec mes petits doigts d’enfant, je retiens ses mains rugueuses. Je lui dis NON tout bas pour protéger ses enfants et sa femme qui sont dans une pièce voisine ou même parfois, alors qu'il me touche en leur présence mais à leur insu. Imperturbable, il continue. Il m’attrape à la sortie des toilettes, au détours d’une pièce. Il vient me dire « bonne nuit » dans la chambre que je partage avec mes cousines et s’attarde. Il me fait s’assoir sur lui à califourchon. Nous sommes ainsi deux, trois enfants dans cette position. J’ai peur, je ressens des angoisses alors que je suis qu’une petite fille.

En moi, un dilemme se forme. Si je parle, je détruis 2 familles. Celle de ma tante avec 4 enfants et celle de mon Papa, frère de mon oncle. Si je garde le silence, je suis la seule à souffrir. Dans ma tête d’enfant, le calcul est vite fait. Je me fais la promesse de mourir avec mon secret. Durant 20 longues années, le tigre est venu me hanter chaque nuit que mon silence à duré. 20 ans de sommeil perturbé et autant de jours de stress ressenti dans mon ventre et mon cœur. 20 années à tisser des liens de protection dans mon corps. Mon ventre est devenu un lieu sacré et je ne laisse personne y toucher, même dans mes relations intimes. Mon ventre représente ma part de féminité que je ne laisse pas approcher.

😏 La suite dans l'article : Mon parcours d'endogirl