Notre parcours du combatant

Lorsque j’ai rencontré Alain, nous avions déjà passé la trentaine. Rapidement, la question d’avoir des enfants ensemble s’est posée. D’abord chez Alain puis la petite graine a été plantée dans ma tête et dans mon cœur. Oui, nous avions envie de fonder une famille ensemble. 

Après avoir essayé durant quelques mois sans succès, ma gynécologue nous a gentiment fait comprendre, qu’au vu de mon âge, 35 ans, il était judicieux de procéder à quelques examens afin d’écarter tous problèmes. Après avoir mis en lumière, une trompe bouchée et des zozos pas très vigousses, elle nous a mis sur la voie de la procréation assistée en nous proposant des inséminations artificielles.

Nous avons donc suivi ce conseil et nous nous sommes lancés dans l’aventure. A aucun moment, le corps médical ne nous a proposé un suivi psychologique. Ce qui a suivi a été pour moi un long chemin jalonné par des piqures régulières d’hormones, suivi par un circuit de montagnes russes d’hormones en folie provoquant de fortes sautes d’humeur et de fortes douleurs dans mon ventre (je ne savais pas alors qu’à l’intérieur de mes entrailles se tapissait l’endométriose). J’ai ressenti un sentiment de grande tristesse lorsqu’après ce parcours du combattant, les inséminations se sont soldées par des échecs, et ceci à trois reprises. Bien évidemment, Alain était également triste mais il gardait un esprit positif. Durant les mois qu’ont duré ces traitements, il « accouchait » de son entreprise, son bébé. Son énergie était donc focalisée sur une impulsion positive qui le comblait. Un fossé s’érigeait entre nos motivations du moment.

Tout au long de notre parcours pour devenir une famille, à aucun moment la société, les amis, ou le corps médical n’ont pointé du doigt l’âge d’Alain. Il a 4 ans de plus que moi. Mais personne n’a relevé ou mis en avant son âge. Il en a été tout autre pour moi. A ce moment-là, pour le corps médical, mon âge était à mettre sur le compte de notre infertilité. Mes règles abondantes et douloureuses n’ont jamais été mises en avant. Ma souffrance n’a jamais été prise en compte. En bon petit soldat, j’ai écouté le corps médical.

Après ces 3 inséminations et la tornade émotionnelle qui a suivi, il en était trop pour moi. Ma souffrance à ne pas voir concrétiser notre rêve de devenir parents a été telle que j’ai voulu mettre fin à ce couple. Plus de couple, plus de désire (conscient) d’avoir un bébé. Il s’agissait plus d’un appel à l’aide et d’un besoin d’acquérir la certitude, qu’avec ou sans enfant, Alain désirait continuer la route avec moi. Ce qu’il a rapidement confirmé. Mais le mal était fait. Nous avons essuyé une grosse crise.

Après plus d’une année de communication, de larmes, des changements de comportement et la certitude, pour moi, que même si nous n’arrivions pas à faire un enfant ensemble, Alain voulait vivre et avancer avec moi, notre couple est sorti plus fort et grandi de cette expérience.

Deux ans plus tard, durant les fêtes de Noël, mon test de grossesse s’est avéré positif. Que de larmes de joie, de questionnements et de stress vécus en même temps. Malheureusement, à 8 semaines de grossesse, j’ai fait une fausse couche. J’étais en salle de cours dans le cadre d’une formation menant au brevet fédéral de spécialiste en assurance-maladie. Je suis allée vers le formateur, je lui ai fait savoir que j’avais une urgence gynécologique et je me suis éclipsée sans dire quoi que ce soit à personne. Il s’agissait pour moi de ne pas craquer. Car je savais que dès le moment où je relâcherais le contrôle, les vannes allaient être ouvertes pour un bout de temps. J’ai appelé Alain qui est venu me chercher. Puis j’ai appelé ma gynécologue, j’ai obtenu un rendez-vous le lendemain avec les recommandations d’usage pour me rendre aux urgences si mon état s’aggravait, soit si les saignements devenaient encore plus importants. Lors de ce rendez-vous chez ma gynécologue, nous avons pris la décision de ne pas intervenir et d’attendre que la fausse couche se termine naturellement.

Mais après 4 jours, où il ne se passait plus rien et après vérification auprès de la gynécologue que la grossesse était bien non évolutive, nous avons convenu de faire un curetage. Quelques jours après l’intervention, j’ai reçu un message vocal de ma gynécologue, nous demandant de venir à son cabinet. Avec douceur et bienveillance, elle nous a annoncé que suite aux examens du placenta, il s’avérait que j’avais fait une fausse couche en lien avec une grossesse molaire. Là, elle nous a expliqué que lors de la conception, faute à pas de chance, moins de 1 grossesse sur 1'000, il y a eu comme un bing bang qui a causé un dérèglement des cellules du placenta qui ont provoqué l’étouffement du fœtus. Lors d'une grossesse molaire, le placenta se multiplie de façon invasives jusqu'à provoquer une fausse-couche ou la nécessité de mettre un terme médical à la grossesse.

Le plan d’action était d’attendre le retour à zéro des béta HCG, les hormones de grossesse présentent dans le placenta et que pour ce faire, une prise de sang hebdomadaire était nécessaire. La négativité pouvait prendre entre quelques semaines à quelques mois. Que parfois dans le cas de figure où les hormones sont en hausse, le traitement se fait par une chimiothérapie. La terre s’est arrêtée de tourner pour moi. A presque 40 ans avec un tel traitement et le temps durant lequel toute grossesse est fortement à risque me promet une vie sans enfant. Les semaines et mois qui ont suivi ont été jalonnés de hauts et de bas, avec des prises de sang, où mes béta HCG étaient en hausse puis à nouveau en baisse.

Notre vie de couple était solide et cette épreuve nous a rapprochés. Mais notre vie intime en a pris un sacré coup. Après 3 curetages espacés de quelques semaines, mon corps et mon intimité n’étaient plus enclins aux relations intimes. Gynécologiquement et psychologiquement, j’ai été mise à nu lors de mes curetages.

Après la négativité des hormones de grossesse, nous avions comme consigne d’attendre 6 mois avant de reprendre les essais bébés. Mais après tant d’années à désirer un enfant, et après une période d’abstinence puis le rejet du désir d’avoir un enfant suivi par un retour à une sexualité tendre et plaisante, nous avons décidé, après 4 mois, de laisser la Vie décider. Si je tombais enceinte, c’est qu’il devait en être ainsi.

Je suis tombée enceinte 2 mois après cette décision. J’étais intimement convaincu que j’allais être enceinte et que ça se passerait bien.

😏 La suite dans l'article : Ma grossesse (à paraître prochainement)